Revue ciné : La Rafle – ou suis-je insensible ?!

Publié le mercredi 31 mars 2010 dans Autre  |  16 Commentaires  | Voter Hellocoton

Lundi soir, j’ai finalement été voir La Rafle.

La Rafle – le film à ne pas manquer.

J’ai lu tant de commentaires sortant vraiment du coeur sur ce film, qu’il m’était effectivement impossible de ne pas aller le voir.

 

Seulement voilà… Vous savez quoi ? J’ai été déçue ! Enfin, déçue, si je puis dire… Ce n’est certainement pas le mot le mieux venu pour ce genre de film, ce genre d’histoire, car oui, il s’agit là réellement d’histoire, de notre histoire. Mais entendez par ma déception que je n’y ai pas trouvé ce que j’en attendais.

 

Car La Rafle, c’est :


“1942.
Joseph a onze ans.
Et ce matin de juin, il doit aller à l’école, une étoile Jaune cousue sur sa poitrine… Il reçoit les encouragements d’un voisin brocanteur. Les railleries d’une boulangère. Entre bienveillance et mépris, Jo, ses copains juifs comme lui, leurs familles, apprennent la vie dans un Paris occupé, sur la Butte Montmartre, où ils ont trouvé refuge.
Du moins le croient-ils, jusqu’à ce matin de 16 juillet 1942, où leur fragile bonheur bascule…
Du Vélodrome d’Hiver, où 13 000 raflés sont entassés, au camp de Beaune-La-Rolande, de Vichy à la terrasse du Berghof, La Rafle suit les destins réels des victimes et des bourreaux.
De ceux qui ont orchestré.
De ceux qui ont eu confiance.
De ceux qui ont fui.
De ceux qui se sont opposés.
Tous les personnages du film ont existé. Tous les évènements, même les plus extrêmes, ont eu lieu cet été 1942.”

 

la rafle  

Alors oui, l’histoire est triste, d’autant plus qu’elle est réelle. Et ça, d’ailleurs, ce n’est même pas triste, c’est terrible. Mais voilà… pour ma part, le sujet est bien connu.

A 14 ans, j’avais déjà lu “Si c’est un homme” de Primo Lévy. J’avais compris ces camps de concentration. J’avais resenti la mort qui les attendait au bout des allées. J’avais imaginé ces corps décharnus par la faim, ces hommes prêts à se battre avec leur frère pour un bout de pain, ses femmes voyant leur mari se faire fusiller sous leurs yeux impuissants, ses êtres humains se dirigeant vers leur propre mort, en toute conscience des choses, mais sans aucune autre alternative “qu’obéir”. J’avais déjà toutes ces images d’horreur plein la tête.

 

Alors oui, La Rafle, le film, il relate tout ça, il montre le Vel’ d’Hiv rempli de milliers de personnes qui n’espèrent plus qu’une chose : qu’on leur donne à boire. Mais ce film montre aussi des enfants qui jouent dans ce Vel d’Hiv, des familles qui dansent autour d’une soupe au milieu d’un camp, des hommes et des femmes qui arrivent à dormir la nuit malgré la situation.

 

Alors non, je ne dis pas que l’histoire ne me touche pas. Je dis simplement qu’après tous ces commentaires de gens si touchés par ce film, je m’attendais à bien pire ! Je m’attendais à des sentiments chocs. Je m’attendais à des images chocs. J’ai imaginé chaque seconde du film que le mari allait se faire fusiller devant sa famille. Je suis restée en éveil, prête à affronter ces images, pour finalement voir le générique arriver…

 

Et finalement, ce que cela soulève en moi, c’est une interrogation. Une interrogation grave : pour être si choqués, les gens qui ont vu ce film devaient finalement ignorer la vérité ? Et c’est là, du coup, ce qui me choque le plus ! Comment peut-on l’ignorer ? Ou du moins, comment peut-on laisser les autres l’ignorer ? (Car les fautifs ne sont bien sûr par les ignorants…)

Mais, après quelques recherches, je me rassure : certains sont d’accord avec moi. Le Monde a d’ailleurs écrit :

 “La Rafle ne nous apprend rien de fondamental sur l’événement. Sa divulgation historique, sa commémoration publique, son enseignement à l’école, son évocation par de nombreuses oeuvres de l’esprit, qu’il s’agisse de littérature ou de cinéma, le prouvent.”

 

Seulement, le problème, c’est l’ignorance de beaucoup.

 

Annouchka nous l’explique : elle connaissait cette phrase racontant succintement la nuit de la Rafle du Vel’ d’hiv mais personne ne lui a expliqué ce que tout cela signifiait.

 

Lowett, elle, nous explique que le jour où elle a compris tout cela, elle a grandi, elle est entré dans la vie adulte.

 

Alors oui, me faire lire “Si c’et un homme” à à peine 14 ans, c’était peut-être un peu tôt pour faire ce saut dans la vie d’adultes mais j’ai adoré ce livre. Non pas pour son histoire, bien sûr, mais parce que, qui mieux que ceux qui l’ont vécu peuvent raconter ça ? Quoi de mieux que de lire ce livre, de prendre conscience, pour ensuite écouter son cours d’histoire avec respect ?

 

Alors, non, je ne critique pas ce film, il faut aller le voir, pour la mémoire, pour apprendre et pour comprendre. Je regrette seulement le fait que trop nombreux soient ceux qui ont besoin de ce film, pour la mémoire, pour apprendre et pour comprendre.

 


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    16 Blabla ! sur "Revue ciné : La Rafle – ou suis-je insensible ?!"

  1. camille dit :

    Je suis contente de lire ton commentaire. Ce film m’a l’air mauvais et je n’ai pas du tout envie d’aller le voir. Cela dit je pense qu’il peut être bien pour des collegiens et des lycéens. Mais j’ai été éffarée de voir, de lire des articles et des commentaires de gens (comme Garko pour le citer) qui ne savaient pas trop ce que c’était que la Rafle du Vel d’hiv. Ca me fait peur, vraiment très peur, que des gens ne s’intéressent pas à ça, qu’on puisse vivre en se disant ” Ah oui il y a eu un truc horrible mais je sais pas trop ce que c’est”… La shoah c’est l’horreur à l’état pur et je suis effrayée à l’idée qu’un jour les gens oublieront, et fatalement quand on oublie qqch, on recommance…Voir que des gens de mon âge et un peu plus ont eu besoin de ce film pour savoir, pour découvrir la rafle du vel d’hiv, ça me rend triste et mysanthrope ;(

    Enfin Bref, Si c’est un homme est un de mes livres préférés, et nul doute qu’il est bcp mieux que ce film. Je crois sincèrement que le lire ( et écouter ses cours d’histoire de terminale aussi) c’est le meilleur moyen de comprendre et de ne jamais oublié ce que l’homme a été et est capable de faire à l’homme…

    • Marinette dit :

      Alors je ne suis pas vraiment de ton avis, le film n’est pas mauvais pour autant. Par contre, oui, c’est sûr que cela peut être une bonne chose de le montrer aux collégiens par exemple.

      Quant à ceux qui “ignoraient” je ne pense pas que ce soit eux les responsables ! Ils ignorent et c’est dommage, certes, mais comment leur reprocher alors que personne n’a été là pour leur en parler correctement ? Moi c’est plutôt ça qui me fait peur : que ceux qui savent justement ne respectent pas ce devoir de mémoire en n’en parlant pas comme il se doit.

  2. Anaïs dit :

    Le camp de Beaune était un camp de transit et non un camp de concentration. De plus, il était sous la responsabilité des autorités Françaises et Allemandes (d’ailleurs on ne voit ces derniers que lorsqu’il sépare les mères des enfants), donc je pense que les autorités Françaises avaient un peu plus de coeur que les SS qui étaient quand même plus formés à la haine envers les Juifs.

     

    Je voulais juste rectifier ceci 🙂

    • Marinette dit :

      Merci Anaïs pour ces détails mais je ne vois pas d’erreurs sur ces détails dans mon texte 😉

      Concernant le fait que les autorités françaises aient eu plus de coeur que les SS, ça, c’est certainement vrai ! Mais ça n’enlève rien à la situation difficile, et à ce que je m’attendais à voir dans ce film au vu de tous les commentaires qui en parlent.

  3. Moi je compte aller le voir ce week end. Je sais d’emblée que je serai extrêmement touchée, émue, bouleversée, je sais que je vais pleurer et pourtant je sais, j’ai lu (beaucoup) et vu aussi (beaucoup également).

    • Marinette dit :

      En fait je pense que chacun a sa façon de réagir, et c’est bien normal. L’histoire me touche, évidemment ! Et le manque d’images choc ou autres détails n’enlève en rien à l’émotion ressentie lorsque le film s’achève. J’ai seulement été surprise finalement pas ce film qui ne ressemblait pas à ce que j’avais imaginé. Puis surprise re réaliser que beaucoup ignorent, parce que personne n’a pris le temps de leur expliquer, de leur raconter.

  4. Louisianne dit :

    Je n’ai pas spécialement envie de le voir. C’est surement un bon film, mais moi aussi je connais l’histoire. En effet comme disent certains, ça peut être utile dans les écoles, dans les collèges. Mais quand on regarde bien, les avis sont mitigés, il ne fait pas l’unanimité.

  5. J’ai beaucoup d’ennuis avec mes neurones. Peut-être pourriez vous m’aider?

  6. Garko dit :

    Peut être a tu été moins touché que nous car justement tu avais lu toute ces critiques disant que le film était dur… tu t’etais peut etre préparé a voir quelque chose d’extremement dur, comme tu dit, à part à un ou 2 moment il n’y a pas d’image vraiment choc.

    Alors que nous (ceux qui l’ont vu chez gaumont donc) y avons été ‘vierge’ de toute idée de ce qui nous attendait.

    Quand à l’histoire de la rafle, tout ce que j’en savais c’était qu’il y avait eu une déportation massive des juifs de paris, j’ignorais qu’il y avait eu ce passage au vel d’hiv, ce passage par Beaune ou Drancy pour moi c’était directement Auschwitz ….

     

    • Marinette dit :

      C’est sûr, comme je le dis dans mon article, les différents commentaires lus par ci par là m’avaient “préparée” à ce que j’allais voir. – et ce que je n’ai finalement pas vu –

      Et je connaissais parfaitement l’histoire et ces détails.

      2 faits qui diffèrent de la plupart des spectateurs, à priori ! (mais donc je suis pour le film, s’il aide à savoir, comprendre, se souvenir !)

  7. lowett dit :

    Merci pour le lien 😉

    C’est marrant par contre pcq je ne suis vraiment pas du tout de ton avis ^^ Comme je l’ai mis dans mon article, j’ai visité Auschwitz à 16 ans et réalisé mon travail de fin d’étude à 18 ans sur le devoir de mémoire par rapport à l’Holocauste. Avant de visiter Auschwitz, j’ai vu beaucoup de films pour être préparée. La Liste de Schinder et Le Pianiste notamment, qui m’ont laissé une trace indélébile. Après avoir visité le camp, lorsque j’ai décidé de faire mon TFE là dessus, j’ai lu. Enormément. Je devrais retrouver la bibliographie… D’autres auteurs comme Semprun ou Wiesel avaient aussi un témoignage à donner. Je connais tout ça, j’ai vu, j’ai lu, j’ai même rencontré deux rescapés belges et j’ai vu leurs larmes causées par leurs propres souvenirs de tout ça.

     

    Si j’ai été touchée par La Rafle, c’est parce que je n’ai plus besoin d’images chocs pour être touchée et émue. Les images sont déjà toutes dans ma tête, elles y resteront toujours. Lorsque la Rafle commence, que les policiers viennent dans les immeubles, je revois le “vidage” (je ne trouve pas le mot) du ghetto de Varsovie. Lorsque je vois les gens entrer dans le camp du Loiret, je me revois entrer dans celui d’Auschwitz. Lui aussi était vide, tout comme l’est le leur. Sauf que moi, j’y suis rentrée plus de 60 ans plus tard. Lorsque je vois qu’ils sont déportés, je sais le triage qui les attend à la sortie. Donner ses valises, ses chaussures, ses vêtements. Je sais qu’après on les fouillait pour prendre les lunettes, les dents en or, les cheveux. Je l’ai vu, le tas de chaussures. Je l’ai vu, le tas de cheveux. 

    Voir des enfants jouer dans le Vel d’Hiv sans savoir ce qui les attend, ça me touche, parce que moi je sais. Je sais tout ça. 

    Je n’ai plus besoin d’image choc pour réagir, des images choc, j’en ai déjà beaucoup trop vu… 

    • Marinette dit :

      Je comprends ton point de vue. De mon côté, j’ai tout comme toi déjà vu, imaginé et ressenti tout ça. Mais par contre je n’ai pas besoin des images du film pour m’en souvenir puisque maintenant je sais. Je peux y penser sans le film. Et j’imaginais donc que le film allait créer en moi de nouvelles images peut-être encore plus choc que celles que j’ai déjà en tête.

  8. Aurore dit :

    Hum, je ne suis pas allée le voir, et ne compte pas aller le voir. A choisir, je préfère un livre. Et puis, même si les images ne sont pas chocs, comme tu dis, il est bien possible que je pleure comme une enfant.

    Et je préfère pleurer dans mon canapé avec mon livre à la main !

  9. annouchka dit :

    Moi je n’ai pas pleuré pendant le film, pourtant je suis sensible. Par contre, j’ai été très retournée le soir en rentrant, et la journée qui a suivi. En fait je m’en voulais de n’avoir aucune connaissance de la Rafle et ses horreurs avant d’avoir vu ce film. Effectivement, je crois qu’il y a une réelle volonté (enfin à mon époque c’était le cas lorsque j’étais au collège) de ne pas s’attarder dessus.

     

    • Marinette dit :

      Comme j’ai pu te le dire ailleurs, tu n’as pas à t’en vouloir ! Ceux qui savent et ne disent rien, oui. Mais toi, comment aurais-tu pu “vouloir savoir” quelque chose dont tu ignorais l’existence réelle ?